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James Rosenquist – La peinture en grand

James Rosenquist est considéré comme l’un des fondateurs du mouvement Pop Art américain. Durant les années 1960 et 1970, il a travaillé avec ses compatriotes Andy Warhol et Roy Lichtenstein dans le but de créer certaines des œuvres les plus révolutionnaires de cette période. Il a déclaré au sujet de son implication dans le mouvement Pop Art : « Ils (les critiques d’art) m’ont décrit comme un artiste pop parce que j’ai utilisé une imagerie reconnaissable. Les critiques aiment par-dessus tout classer les gens. Je n’ai pas rencontré Andy Warhol avant 1964. Je ne connais pas si bien Andy ni Roy Lichtenstein d’ailleurs. Nous avons tous vu le jour séparément. « 

House of Fire - James Rosenquist - 1981. Huile sur toile (198.1 x 502.9 cm). MoMA, New York

Rosenquist est né le 29 novembre 1933, à Grand-Folks, dans le middle west. Sa famille historiquement travaillait dans l’aviation, des parents pilotes, son père et son oncle dirigeant une compagnie aérienne évoluant à l’international. L’intérêt principal du jeune Rosenquist a toutefois toujours été le domaine des arts. Il en a fait sa carrière à son entrée à la Minneapolis School of the Arts. Il a ensuite obtenu une bourse pour assister à l’Art Students League de New York en 1960. Devenu l’ami de Rauschenberg et de Johns, il prend définitivement conscience de sa vocation de peintre. Il commence par réaliser des toiles abstraites, mais ne se satisfait pas des tendances contemporaines expressionnistes ou minimales. Il en conserve quelques caractéristiques stylistiques, comme le grand format, les couleurs rompues de blanc, mais s’oriente vers des motifs figuratifs typiques de la société américaine.

En 1962, dès sa première exposition personnelle à la Green Gallery de New York, ses sujets comme sa technique provoquent de violentes controverses, mais toutes ses toiles sont vendues.

Son travail a été fortement influencé par les œuvres d’artistes abstractionnistes tels Jackson Pollack et Joan Mitchell. Mais en premier lieu son inspiration lui vient de son métier de peintre publicitaire. L’utilisation de très grands formats modifiera à jamais sa perception des choses et il peindra des tableaux monumentaux et très colorés, des « fragments de réalité » selon lui. Les illustrations de Rosenquist se sont faites connaître à travers les années 1960 par son approche très visuelle de la culture pop, ainsi que par le commentaire social accompagnant celles-ci, et en réintroduisant le concept de l’imagerie générale dans le domaine de la peinture. Une de ses oeuvres les plus connues, F-111, est une fenêtre ouverte sur l’atmosphère de la guerre froide, de la rivalité naissante entre l’Union Soviétique et les Etats-Unis à l’avènement des armes de destruction massive. Un autre de ses chefs d’oeuvre, son interprétation pop de Marilyn Monroe, intitulé sobrement Marilyn Monroe I, a été achevé deux jours après la mort prématurée de l’icône et lui a finalement servi d’hommage.

F111 - James Rosenquist - 1964-65. Huile sur toile avec aluminum, 33 segments (304.8 x 2621.3 cm). MoMA, New York

Il a également inclu la politique dans son travail, notamment par le célèbre President Elect, où l’atmosphère d’optimisme du début des années 1960, a été capturée par l’image d’un John F. Kennedy, alors sénateur, pendant les derniers instants de l’administration Eisenhower. Il s’agit d’une huile sur masonite de grande dimension (228 x 366 cm). Exécutée entre 1960 et 1964, cette oeuvre fait partie de la collection du Centre Georges Pompidou, et est exposée au Musée National d’Art Moderne/Centre de Création Industrielle de Paris. President Elect a une structure tripartite avec, de gauche à droite, un gros plan de John F. Kennedy face à une main de femme tenant une tranche de gâteau, et une partie d’une automobile. Rosenquist l’explique ainsi : « Le visage provient de l’affiche de la campagne de Kennedy. J’ai été très intéressé à cette époque par les personnes qui se mettent eux-mêmes en scène à travers des publicités. Que mettent-ils sur une publicité d’eux-mêmes ? Dans ce cas, c’était son visage. Et sa promesse était une demi-Chevrolet et un morceau de gâteau rassis. »

President Elect - James Rosenquist - 1960-61. Triptyque, huile sur isorel (228 x 366 cm). Centre Georges Pompidou, Paris

Cependant il ne se concentre jamais exclusivement sur des thèmes particuliers, il va même jusqu’à se prendre à partie par le biais de certaines toiles totalement métaphoriques (Just Desert).

Rosenquist utilisait diverses méthodes pour intégrer une collection d’éléments dans une composition de telle manière que cet ensemble ait une sorte de sens, même si ce sens est parfois en contrepoint de ce que les objets individuels impliquent. Une méthode qu’il utilisait au début de sa carrière a été de diviser les espaces picturaux d’une toile symétriquement en quatre quadrants, et cela de façon parfaitement artibraire en apparence, et mettre ensuite une image différente recadrée dans chacun des quadrants. Dans d’autres œuvres, les éléments peuvent être mis bord à bord ou juxtaposés de telle sorte qu’ils semblent se recouvrir ou même se mélanger les uns avec les autres, notamment par des bords dentelés. Rosenquist a au cours de sa carrière également perturbé l’espace de façon très littérale : pour Forest Ranger, il peint un tank sur du Mylar, qu’il coupe ensuite en lanières, de sorte que vous pouvez marcher à travers l’oeuvre, comme une voiture passant à travers des rouleaux de lavage. Avec ces dispositifs, James Rosenquist a réussi à inclure plus d’éléments de composition dans ses créations que presque aucun de ses contemporains. Il est un artiste pour qui la conjonction est presque invariablement « et » plutôt que « ou ».

Sa carrière qui s’étend sur plus de 50 ans va bien au-delà du mouvement pop aux Etats-Unis. Il a contribué davantage que beaucoup d’autres à la communauté artistique en faisant du lobbying au Sénat américain, notamment sur le sujet des redevances des artistes. Malheureusement le studio dans lequel il stockait toutes ses oeuvres depuis les années 1970 a été complètement détruit dans un incendie au début de l’année 2009 en Floride. Il a depuis publié une autobiographie sur sa vie et son travail très justement nommée Painting below Zero en octobre 2009. Précédemment une rétrospective lui avait été consacrée en 2004 par la fondation Guggenheim, on pouvait y voir notamment des collages préparatoires de l’artiste. Ces collages sont tirés pour la plupart de publicité, pour le tabac, des voitures, ou des boissons. Les meilleurs exemples montrant les étapes du processus de création sont Hey! Let’s go for a ride ou encore I love you with my Ford.

I Love You with My Ford - James Rosenquist - 1961 (208,28 x 236,22 cm) - Moderna Museet, Malmö

Du tableau final I love you with my Ford (ci-dessus), Rosenquist écrit dans ses mémoires Painting Below Zero : « Quand j’ai copié une illustration des années 40 de spaghetti, je me suis dit, pourquoi fais-je cela ? Honnêtement je ne sais pas. C’était simplement de l’instinct à propos des images comme des formes pures… dans un sens, les spaghettis sont comme une peinture abstraite expressionniste. De Kooning a aimé. Il a dit que c’était sexy ».

L’opinion de James Rosenquist sur les artistes du mouvement pop américain aujourd’hui est assez tranchée, il estime que les artistes ne regardent plus assez l’Histoire pour les inspirer ou les influencer et ainsi ils ne se tournent pas vers de nouvelles façons de produire des oeuvres, au lieu de cela ils ne cessent de répéter ce qui a déjà été fait.

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