JC de Castelbajac… Rock’n Love expérimental

Si les ponts entre l’art et la mode sont de plus en plus nombreux, Jean-Charles de Castelbajac y est pour quelque chose. Tout a commencé avec les robes-objet au début des années 80. Celles-ci s’inscrivaient dans la lignée du pop art dans sa définition la plus crue : l’objet et la société de consommation mis en exergue. Le sujet devient le quotidien, comme le fit Andy Warhol avec sa boîte de soupe Campbell. Castelbajac lui rendra hommage avec la robe boîte de soupe directement inspirée de ce tableau.

Mon idée première quand j’ai commencé à faire des recherches pour cet article, c’était plus du genre « je ne sais quoi penser de Castelbajac » pour faire très diplomate, en clair « on va enfin se payer une bonne tranche de rigolade sur ce blog ». J’ai changé d’avis. Je ne dirais pas que j’adhère au style, mais je le comprends mieux. Le style Castelbajac ne cherche pas l’élégance contrairement à la plupart des grandes maisons. La philosophie Castelbajac relèvent de l’insolence, quitte à rendre les collections peu portables. Une philosophie de la couture qui le rapproche plutôt de Comme des Garçons (version insolence glam) ou Garreth Pugh (version insolence glauque). Ses robes portent toutes les marques de fabrique de la maison : lignes simples et couleurs vives. Par leurs coupes, les collections revisitent régulièrement les grands classiques historiques.

Les photos suivantes représentent une sélection des pièces les plus décalées du créateur au cours des dernières années. Expérimental et misant tout sur la créativité, j’avoue ne pas trop savoir si c’est de l’art brut ou s’il y a une finalité vestimentaire, en tout cas c’est dans certains cas bien poilant !

Regarde moi dans les yeux ! Non, les autres...

Collaro ne va pas être content...

Gros chat'ka, très color block tout ça

L'hommage au maître spirituel

Comment ça les tops sont anorexiques ?

Pour être admirée, on n'est jamais mieux servie que par soi-même

Battlestar Galactica 1980, rappelez-vous...

Euh, y'a un message caché ?

Mais Jean-Charles de Castelbajac, ce n’est pas que cela, et je le prouve avec la collection Automne-Hiver 2011/2012, à condition d’adorer les plaids à carreaux écossais tartans. Des manteaux en drap de laine et cachemire côtoient un paletot à chevrons ou un perfecto en tweed de laine au col roulé comme une couverture… Bref, de belles pièces d’hiver… Ouf.

En réaction aux multiples copies qu’elle subit, la maison approche désormais un public plus jeune, avec la deuxième ligne intitulée JC/DC, on appréciera le clin d’oeil rock ! Elle propose des vêtements pop, colorés et inspirés des cartoons à des prix plus abordables que la ligne principale, En deux mots un luxe qui rime avec démocratie selon le créateur. La première collection intitulée Punkahontas and the ducks a été lancée il y a tout juste un an, tout un programme. Pour sa deuxième saison, la ligne a choisi les personnages de South Park comme porte-drapeau, sous le thème Holly boys and naughty girls.


Decoding Roy Lichtenstein – Episode 3 : Drowning Girl

Drowning Girl revient très régulièrement dans les requêtes menant à mon blog, ainsi si je devais faire une seule étude d’une oeuvre de Roy Lichtenstein, celle-ci est toute désignée.


Lichtenstein trouvait les sources de nombre de ces premières peintures dans la bande dessinée américaine. La source de cette oeuvre est « Run for Love ! » publié par DC Comics en 1962. Dans l’illustration originale, le petit ami de la fille apparaissait à l’arrière plan, accroché à la coque d’un bateau. Lichtenstein zooma de façon spectaculaire l’image pour ne montrer que la jeune fille seule, encerclée par une mer tumultueuse. A noter certaines incohérences, comme la présence de larmes, choses peu probable en milieu aqueux. Il raccourcit également la légende en un ambigu « I don’t care », et modifia le nom de l’homme en Brad, personnage revenant de façon récurrente dans son oeuvre. Comme à son habitude, Lichtenstein reproduisit manuellement les points de trame de l’original.

La conservatrice de l’oeuvre, Anne Umland dit à propos de Drowning Girl : « la caractéristique la plus immédiate de l’oeuvre de Roy Lichtenstein est que c’est l’image de bande dessinée la plus grande que vous ayez jamais vue. Pour Drowning Girl, nous savons très précisément le comics que Lichtenstein a examiné et sur quelle image il s’est appuyé. Ainsi dans la version originale, la bulle dit « I don’t care if I have a cramp ». Ce que Lichtenstein fait est de sortir un plan d’une trame narrative. Il explose cette trame. Il simplifie les choses. Un des domaines où ce trait est le plus visible est la façon qu’il a de simuler les points de trame qui sont une marque du process d’impression commerciale bon marché. Ici, Lichtenstein les peint à la main méticuleusement et les agrandit à tel point que les process de reproduction mécanique et de masse deviennent à part entière un sujet du tableau, au même titre que le personnage féminin. »

Roy Lichtenstein disait en 1968 : « je suis intéressé par le fait que les visages en bande dessinée et assimilée soient si irréalistes et pourtant nous les considérons comme réalistes. Si vous parcourez le magazine, la fille est jolie sur l’image. Mais quand vous regardez attentivement ce qui la constitue, des traits noirs et des lèvres rouges, il n’y a rien de réaliste dans celle-ci. Cela m’intéressait de montrer de quelle manière une jolie fille dans un comics, ou un héros, peu importe, était façonnée par une sorte d’idéalisme conforme à ce que les gens devrait ressembler, le tout soumis aux contraintes et économies du processus d’impression. »

Drowning Girl - Huile et Magna sur toile (171,6 x 169,5 cm - 1963), Museum of Modern Art, New York - Philip Johnson Fund


Thomas Mainardi – Chants Chromatiques

Nous allons faire comme ce jeune artiste d’origine lilloise,  c’est à dire entrer dans le vif du sujet de façon on ne peut plus directe… Thomas Mainardi, c’est positionner l’humain au centre de son travail et le mettre dans des situations en apparence anodine.

Diptyque à la Madone en tenue d'Eve - Techniques mixtes acryliques sur toiles de lin (55x46cm - 2008)

Chaque oeuvre présente souvent une femme, parfois un homme, que l’on a l’impression de connaître, dans une situation faisant régulièrement appel à la mélancolie… Pourquoi cette ambiance ? Elle est juste propice à nous faire réfléchir sur le passé de chaque être, et bien entendu sur ses aspirations. Et l’impression de déjà vu, d’être en territoire connu, amène à se questionner sur notre société actuelle. La démarche est claire, et efficace.

Hypnotic instinct of venality and quest of happiness - Techniques mixtes acryliques et PVC sur toile de lin (80x100cm - 2009)

Après cette première rencontre très directe, nous remarquons l’audace des couleurs. Des codes graphiques reviennent couramment et provoquent le public, le retiennent. Au-delà de l’aspect quasi sensuel transmis par cette profusion de couleurs, nous sommes face à un éventail de techniques utilisées enthousiasmant, les textures et matières se mêlant rageusement aux champs chromatiques. l’oeuvre est totale, jusque dans les titres qui font souvent preuve de poésie (L’érosion des sentiments, Les déambulations nocturnes, Entre deux fous…).

Thomas Mainardi qualifie son courant de Pop Expressionnisme, à mi-chemin entre l’Expressionnisme abstrait et le Pop Art. En ce qui me concerne, il est résolument Pop. Très proche de Warhol par l’analyse critique de notre société, très lointain dans la façon de la représenter. Pour l’inspiration du côté graphique, il faudra plutôt aller chercher du côté de James Rosenquist dans les années 1960. Ce n’est sans doute pas un hasard, les deux étant nettement influencés à 50 ans d’intervalle par un passage récent en agences publicitaires. Le traitement fait de la représentation de l’humain fait également furieusement penser à ce film d’animation malheureusement trop méconnu qu’est Renaissance (2006 – Christian Volckman). Nous en retrouvons ici les traits puissants et dynamiques bien qu’immobiles.  Prometteur !

Retrouvez son oeuvre sur http://www.thomasmainardi.com/.

Limportune qui ma vu pleurer - Techniques mixtes acryliques sur toile (100x80cm - 2010)

A noter que l’artiste exposera du 8 juin au 9 juillet 2011 à la Galerie Hazaärt, 2 boulevard des Nations Unis à Meudon. Plus d’informations sur www.hazaart.com.


Nicole Atkins – Mondo Amore (2011)

Ce serait un monde terne et vieux si chaque album d’un artiste était exactement le même que le précédent. Mais le problème pour Nicole Atkins est que le précédent s’appelle Neptune City et qu’il est excellent, encensé par la critique de façon unanime, envoyant des émotions à tout va et présentant des mélodies finement ciselées. Il fallait donc faire quelque chose de significativement différent pour tenter de surpasser ce début plus que prometteur.


La voix de Nicole est toujours étonnante, que dis-je profonde et envoûtante ! Les arrangements sont sublimes, les compositions méticuleuses et les musiciens… vrais ! L’ensemble mixant le blues, la country et le rock est très frais, original, tout en étant musicalement authentique. N’essayant pas de paraître neuf, juste étant neuf.

Comme Neptune City, Mondo Amore sonne mieux après une seconde écoute. Cependant ses mélodies n’égalent pas la classe de The Way It Is ou Cool Enough, en fait on peut difficilement s’accrocher à une quelconque mélodie… Neptune City louchait parfois vers la pop girly, là ce n’est plus le cas du tout. Ma meilleure description serait qu’on se sent un peu comme après avoir écouté Lucinda Williams pour la première fois, c’est accrocheur sans être bubble-gum… Le ton est cru, et les paroles, magiques, sont très personnelles. Et ce n’est pas un hasard, Nicole Atkins connut une période difficile pendant la production de Mondo Amore, de nombreuses ruptures à la fois professionnelles et personnelles ne sont pas étrangères à cette plongée dans une psyché tourmentée. Souvent les émotions accompagnant les évènements de la vie font germer d’incroyables oeuvres d’art, et c’est exactement ce qu’est cet album.

Depuis que les claviers ont remplacé les instruments et que les majors préfèrent fabriquer des groupes plutôt que de les signer, la musique intelligente se fait rare, et les artistes d’avenir encore plus rare ! Nicole Atkins est unique, une pépite dans une étendue de prêt-à-écouter. Si quelqu’un ayant travaillé sur ce disque lit ceci, vous avez restauré ma foi en la musique !


Andrew GN – La couture version Art Déco

Le singapourien Andrew GN a fondé sa maison il y a une quinzaine d’années après avoir officié en tant que directeur artistique pour la Maison Balmain, et s’est évertué à redéfinir une garde-robe épurée et efficace à la fois ancrée dans la terre mais faisant preuve également de légèreté aérienne et déconcertante, rappelant les principes de l’Art Déco.

Si vous naviguez sur tout bon moteur de recherche, vous trouverez que ses influences viennent de Pierre Chareau, qui fut avec Le Corbusier l’un des premiers architectes modernes, et Kathleen Gray, artiste connue pour ses luxueuses finitions laquées sur des meubles d’esthétique Art Déco. Sans doute mais j’avoue ne pas assez connaître ce domaine pour établir ce lien de parenté.

Cependant pour abonder dans ce sens, on note que le créateur fait très souvent appel d’une part à la rigueur de matières structurantes que sont le satin, la laine ou la fourrure et d’autre part à des matières aériennes, presque diaphanes telles que la soie ou la popeline. Le résultat est une silhouette sculptée et féminine, et totalement en action.

La collection automne-hiver 2011/2012 se décline dans une palette sobre et s’attarde sur le haut du corps, la plupart des tenues proposant de simples pantalons slim. Les hauts sont bien plus travaillés et montre une méticulosité rare au niveau des finitions, à noter tout particulièrement les cols rebrodés. Andrew GN fabrique pour l’essentiel en France, et l’ensemble des broderies, boutons et autres détails sont des créations originales de ses ateliers.

Ses robes de grand soir si chères à Andrew GN jouent la carte du métal et du plissé. Elles sont, encore une fois, inspirées par les vestales grecques en jouant la longueur, l’asymétrie avec une bretelle unique sur l’épaule, le drapé ou la force d’un buste bijou à l’aide d’un sage usage des sequins et autres cristaux qui souligne la poitrine et enserre le cou.

En quelques mots comme en cent : une collection simple, portable, riche et raffinée. Andrew GN ne sera jamais un créateur minimaliste, et bien que ses collections ne répondent pas aux critères officiels de la haute couture, cela ne l’empêche en rien d’incorporer à son travail nombre d’éléments qui en sont issus.

Je ne peux résister à mettre un aperçu de la collection printemps-été 2011… Elle est percutante en couleur, mais pas tape-à-l’œil. Andrew GN soigne encore une fois les détails, notamment sur les chaussures pour lesquelles il fait appel à Christian Louboutin. Nous remarquerons notamment les « Super Dombasle » (Arielle est une amie de Christian), des compensés en bois.

Andrew GN est non seulement un couturier reconnu, mais également un collectionneur du grand 18e au pur 19e, des bronzes aux porcelaines chinoises, des broderies, des soieries, du mobilier Louis XV à celui de Madeleine Castaing. Son show-room, « Le Salon », situé dans un hôtel particulier du Marais, est décoré d’oeuvres d’art du 19ème et début 20ème siècles collectionnés au cours des années. Le faste de ce lieu d’exception est magnifié par deux lustres de Murano provenant d’un palais de la famille Doria Pamphili ou par d’incroyables panneaux laqués.


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