Archives de Catégorie: Musique

Parov Stelar – Coco (2009)

Direction l’Autriche à la rencontre de Parov Stelar. Vous avez déjà en tête des images du Tyrol et de son folklore intact. Les clichés ont la peau dure, plus encore que celle des traditionnelles culottes des paysans. Car l’Autriche n’est pas engluée dans d’antiques traditions, c’est un pays moderne, qui bouge, à la vie nocturne et artistique intenses. Et Parov Stelar en est un impressionnant représentant. Un point sur son dernier album, que dis-je double album, Coco, sorti en 2009 chez Etage Noir.

Son approche est un mix enivrant d’éléments pris au jazz, au swing, à l’électro, le tout soupoudré de beats ça et là. Jusque là c’est intéressant. Soit. OK, mais Parov sait passer d’une mélodie mélancolique à un groove énergique la minute d’après, avec une parfaite cohérence. C’est mieux ! Il a également une capacité incroyable à mélanger des notes de jazz des années 30 avec des samples méticuleusement mixés. Douce efficacité. Malgré sa longueur, son double album Coco maintient l’intérêt du début à la fin, seuls les musiciens faisant preuve d’une créativité énorme sont capables de tels tours de force.

La première partie lorgne vers les voix, il puise dans les sonorités trip-hop la profondeur et le voluptueux, aidé en cela par Lilja Bloom en particulier sur Coco et True Romance, dans l’électro-pop sucré et sensuelle sur Distance, même dans le hip-hop rauque et groovy (Let’s Roll avec Blaktroniks, jouissif), le tout ponctué de pauses jazzy au son du saxo inspiré de Max the Sax, remarquable sur Wake Up Sister.

La seconde partie est affaire de magie. Pour qui saura s’abandonner, Parov s’immiscera dans vos esprits et prendra le contrôle, sans blague ! Les rythmes et les basses sont de sortie, alors préparez-vous à danser ! Une base jazz sur ambiance de night club, voilà qui ne va pas vous laisser beaucoup de répit… Libella Swing et Catgrooves sont de petits miracles d’intelligence et d’euphorie qui démontrent à merveille que l’électro à danser peut avoir une âme, ces pistes vous donneront des fourmis dans les hanches et vous feront battre la mesure.

Parov Stelar nous délivre une musique d’énergie brute faisant de cet album une bombe en puissance, ce bougre d’autrichien a le rythme dans la peau. Il suffit d’attendre que l’ambiance prenne et de monter peu à peu le son pour se rendre compte à quel point la sauce prend bien. Je recommande très vivement ce double album que j’écoute et réécoute avec un plaisir jubilatoire depuis maintenant quelques mois et je me demande comment j’ai pu vivre sans aussi longtemps !


Blue States – Sum of the Parts (2009)

Surtout n’achetez pas cet album car vous risquez d’en devenir fou. Evoluant entre Pink Floyd, Portishead et Air, Blue States propose une approche multi-instrumentale sur une base downtempo à couper le souffle, le genre de pistes que l’on passe en boucle… Sum of the Parts est une collection de plages musicales sorties seulement en vinyles et autres raretés. Cet album a la particularité d’être classé dans l’ordre chronologique depuis le pionnier Blue States Forever jusqu’à la dernière sortie, en l’occurrence Down the Days.

Lorsque le premier album est sorti en 2000, Blue States se résumait à son fondateur, Andy Dragazis. Ce premier opus était la résultante d’un travail acharné mené pendant trois ans où Blue States a sorti cinq singles. Flirtant habilement avec les années 70, l’album présente des pistes de folk atmosphériques, voire légèrement oppressantes. Issu de Nothing Changes Under the Sun, Diamente est fantastique avec des progressions d’accords sublimes, des cordes subtiles et de petits gimmicks bien funky qui viennent vous donner envie de sourire. Pour sa part Shuffle Trainer est une belle pièce de musique apaisante. Un des moments de bravoure est Your Girl pour son côté décontracté et moelleux, comme pour Goldfrapp, on s’attend à voir surgir Ennio Morricone et ses thèmes millimétrés au détour d’une mélodie.

Le groupe est ensuite enfin devenu groupe et a gagné en maturité, le son évoluant vers le psychédélique avec Man Mountain. Ce n’est pas un album sur lequel on se précipite, mais il se bonifie avec le temps. On y trouvera certaines pistes inoubliables et d’autres non. Nouveauté : plus seulement du quasi instrumental, mais de vraies chansons. On retiendra What We’ve Won pour sa structure et Season Song rappelant Another Brick in the Wall, et utilisé dans le film 28 jours plus tard lors de la séquence finale dans l’avion.

L’apogée hypnotique est atteinte avec le troisième album The Soundings, qui fait pourtant preuve d’une ambiance quasi anti-électro. En effet Blue States, en visant une audience plus large, sonne nettement comme un groupe tirant vers le rock psyché et non plus comme un combo electro. Les compositions restent intelligentes et le chant s’intègre parfaitement bien en jouant un rôle de pivot dans les émotions suscitées à l’écoute. L’instrumental One Night on Tulane a un arrangement electro intriguant accompagnant une jolie mélodie, auxquels se mêlent des cuivres rappelant les expérimentations du premier album. Cette piste mène à The Last Blast au chant nettement folk, et Output un autre instrumental assez obsédant, deux titres consécutifs au coeur de l’album qui concentre l’intérêt de cet opus.

Coup de théâtre en 2007 avec la sortie du quatrième et dernier album en date, First Steps into… signe le retour d’un Andy solitaire retournant aux racines de son glorieux passé de one man band. Allies, joliment soigné, est une intro indéniablement signée Blue States. Une légère voix aérienne posée sur le rythme et le voyage commence. Il est suivi par First Steps… Last Stand, de belles images, une chanson à écouter si vous êtes en déplacement ou si vous découvrez quelque chose pour la première fois. Le rythme est impressionnant et la mélodie épurée. The Electric Implement vous rappellera quelques morceaux de Nothing Changes Under the Sun, comme le lumineux Spit & Soar. Mais l’inoubliable restera Look To Your Laurels, très accrocheur et diablement précis.

Un nouvel opus de Blue States est prévu dans un temps futur, on ne sait rien de plus…

C’est difficile de définir un genre pour cette formation… Ce n’est pas vraiment chill-out, tout ne relève pas de l’electro, ni de l’alternatif… Blue States a son propre son. Vérifiez par vous-même !

Blue States fait partie des groupes qui ont décidé de grandir et d’évoluer. Cette sortie de Sum Of The Parts, une collection de faces B et de raretés est une belle occasion de découvrir le parcours de ce groupe méconnu. Album seulement disponible sur iTunes


Nicole Atkins – Mondo Amore (2011)

Ce serait un monde terne et vieux si chaque album d’un artiste était exactement le même que le précédent. Mais le problème pour Nicole Atkins est que le précédent s’appelle Neptune City et qu’il est excellent, encensé par la critique de façon unanime, envoyant des émotions à tout va et présentant des mélodies finement ciselées. Il fallait donc faire quelque chose de significativement différent pour tenter de surpasser ce début plus que prometteur.


La voix de Nicole est toujours étonnante, que dis-je profonde et envoûtante ! Les arrangements sont sublimes, les compositions méticuleuses et les musiciens… vrais ! L’ensemble mixant le blues, la country et le rock est très frais, original, tout en étant musicalement authentique. N’essayant pas de paraître neuf, juste étant neuf.

Comme Neptune City, Mondo Amore sonne mieux après une seconde écoute. Cependant ses mélodies n’égalent pas la classe de The Way It Is ou Cool Enough, en fait on peut difficilement s’accrocher à une quelconque mélodie… Neptune City louchait parfois vers la pop girly, là ce n’est plus le cas du tout. Ma meilleure description serait qu’on se sent un peu comme après avoir écouté Lucinda Williams pour la première fois, c’est accrocheur sans être bubble-gum… Le ton est cru, et les paroles, magiques, sont très personnelles. Et ce n’est pas un hasard, Nicole Atkins connut une période difficile pendant la production de Mondo Amore, de nombreuses ruptures à la fois professionnelles et personnelles ne sont pas étrangères à cette plongée dans une psyché tourmentée. Souvent les émotions accompagnant les évènements de la vie font germer d’incroyables oeuvres d’art, et c’est exactement ce qu’est cet album.

Depuis que les claviers ont remplacé les instruments et que les majors préfèrent fabriquer des groupes plutôt que de les signer, la musique intelligente se fait rare, et les artistes d’avenir encore plus rare ! Nicole Atkins est unique, une pépite dans une étendue de prêt-à-écouter. Si quelqu’un ayant travaillé sur ce disque lit ceci, vous avez restauré ma foi en la musique !


Goldfrapp – Supernature (2005)

Prenez Roxy Music, Kate Bush et Gary Numan, mixez le tout avec une bonne cuillerée de Donna Summer et vous obtenez un excellent cocktail musical…


Le nom de Goldfrapp demeure toujours obscure pour une très grande majorité du public (et c’est bien pour ça que cet article existe, si tout le monde connaît quel intérêt ?). OK si vous passez une sélection de leurs titres, on en reconnaîtra un ou deux, mais on ne réalisera que rarement qui est derrière.

Donc pour ceux qui découvre Goldfrapp et se demandent ce que diable recouvre ce nom :

Alison Goldfrapp est une artiste unique, une diva au sens premier du terme, qui a su se ménager une alcôve très personnelle au sein de la musique électro moderne, où nous entendons les sons identiques de tant de groupes similaires. Accompagnée de son acolyte Will Gregory, son style que l’on pourrait qualifier d’électro funk ne plaît pas instantanément à tout le monde, mais il est rafraîchissant et original, par les temps qui courent c’est précieux. Après leurs deux premiers albums, Felt Mountain et ses ambiances sonores luxuriantes et le disco de Black Cherry, voici Supernature.

La production est brillante, le son est habilement déformé et pétillant. Alison chante comme une diva accompagnée de beats électro et d’un mille-feuilles de synthés. Ce n’est pas aussi sombre et effrontément sexuel que le prédécesseur Black Cherry, les titres transportent de la joie. S’y ajoutent quelques attitudes Glam Rock. Pour cela, nous aurons besoin d’une dose de T-rex, avec un peu de Shakespear’s Sister pour faire bonne mesure.

Supernature est un excellent mix de tempos variés, du lent et mystérieux Let It Take You et Time Out From This World, au rapide Ooh La La, l’ensemble des pistes est faite pour vous trotter dans la tête, à noter l’absence de remplissage, chose rare de nos jours, c’est avec une joie non dissimulée qu’on l’écoute dans son intégralité.

Les pistes d’anthologie :

Le très contagieux Ooh La La, évidemment, qui pourrait très bien avoir été écrit par le défunt Marc Bolan,

Time Out From This World, magnifique chanson d’ouverture pour un film encore à concevoir

et Fly Me Away, qui pour moi est un très bon clin d’oeil adressé au Trans Europe Express de Kraftwerk, mélangé habilement aux plus fines compositions europop de Air.

Le reste de l’album est superbement équilibré alternant funky et mélodies douces. L’ensemble est très cohérent, les titres ont un fort caractère et se construisent en crescendo pour au final vous emmener dans une course folle jusqu’à la fin.

Supernature est imprégné d’un souffle sexy et très frais qui fait bouger, parfait pour se préparer pour une nuit, et incontournable pour tout electro addict. Il est de ces albums qui font que nous sommes heureux d’écouter de la musique.

Ceux d’entre vous qui n’accrochent pas dès le départ : lui donner une chance. Il m’a fallu quelques écoutes pour vraiment entrer dedans. Dans la jungle de l’électro où l’éphémère est la règle, seuls quelques chefs d’oeuvre survivront à l’épreuve des ans, Supernature en fera partie. Glammy, dizzy, dancey, impossible à traduire ! Un album qui donne envie de porter talons et rouge à lèvres ROUGE et de sortir au hasard des envies…


Abney Park – The End of Days (2010)

Abney Park vient d’une époque qui n’a jamais existé, mais que nous souhaitons avoir existé… Une époque où les dirigeables font la guerre dans le ciel, où les corsets et les larges ceintures de smoking sont les standards de la mode.

Abney Park est un groupe américain de Seattle mélangeant musique industrielle, musique du monde, électronique, avec une esthétique steampunk depuis l’album Lost Horizons en 2008. Franchement de tout ce que j’ai pu écouter, ce sont ceux qui pratiquent la fusion la plus extrême. Passer d’une rythmique typique années 30 à des bits électro relève de la performance, et tout cela se fait curieusement avec un naturel qui laisse songeur.

Musicalement, il s’agit d’un travail impressionnant, The End of Days a les mêmes composantes instrumentales que leurs albums précédents mais le groupe  continue d’ajouter de nombreux instruments ajoutant de nouvelles couleurs à  leur son déjà très distinctif. Pour cela ils ont fait appel à des guests de qualité, notamment Unwoman au violoncelle (on en reparlera) et Carey Rayburn à la trompette. Le résultat est un son riche multicouche qui apporte son lot de surprise à chaque écoute.

Au niveau des paroles, The End of Days est très différent de son prédecesseur Aether Shanties clairement inspiré du cinéma d’aventures. The End of Days est en grande partie axé sur la lutte pour vivre un style de vie différent malgré les pressions du grand public et la tyrannie des marques. Cet album est à bien des égards, un hommage au style de vie Steampunk, mais toute personne subissant ce genre de situation se reconnaîtra (à condition de comprendre l’anglais de Captain Robert !).

 

 

 

The End of Days est certainement un album sombre dans ses accents, loin de
l’image de folklore déguisé que peut avoir le mouvement Steampunk, et ses
thèmes de lutte et de révolte sont une invitation à reconsidérer le cours de
notre vie. Croquez la vie que vous voulez à pleine dent, tel est le message.
Visuellement les membres du groupe sont vraiment à part et sont un peu le
pendant victorien de la folie esthétique développée par Lady Gaga, vous
pouvez en juger sur les photos. Vous pouvez écouter le clip extrait du titre
« End of Days » ici :

Si vous n’avez pas encore commandé The End of Days, je me demande ce que vous attendez. Il s’agit d’un album fantastique musicalement et lyriquement, qui permet d’appréhender le mouvement Steampunk en tant que style de vie et de philosophie. Ne manquez pas cet album.

Vous pouvez l’acheter via le site du groupe http://www.abneypark.com/. Ils n’ont pas de label, ils gardent l’argent pour eux LOL ! Il est également en téléchargement numérique sur http://www.amazon.fr/.


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